QUELQUES LYONNAISERIES...

Quelques lyonnaiseries... Les élèves se souviennent peut-être avoir vu la marge de leurs copies s’orner en rouge d’un « lyonnaiserie ! » sans appel, condamnant un parler lyonnais faisant mauvais ménage avec un devoir de français. Mais c’est ici une liberté qu’on peut prendre, sur les pas du Dictionnaire de Lyonnaiseries (1932) de Louis Maynard, considérant des curiosités locales, insolites souvent, amusantes parfois mais aussi des lieux chargés d’une histoire dramatique invitant à plus de gravité.





jalousie store lyon architecture façades
Ne pas rendre jaloux ses voisins    

À Lyon, les fenêtres des façades du centre historique sont ornées de stores extérieurs. En bois traditionnel peint, le store se compose de lames horizontales suspendues par des chaînettes. Une simple manipulation à l’aide de cordes permet d’en moduler l’orientation, et ainsi donc la lumière. Tantôt, les lames captent les rayons venus du ciel, tantôt elles dissimulent… Ces stores sont communément appelés des « jalousies » – un terme certainement imagé qui vise à considérer la pudeur de « ne pas rendre jaloux ses voisins ».
Lorsque les lames viennent s’agglomérer sur la hauteur, les chaînes s’enroulent autour d’un tambour de bois qui se dissimule à l’extérieur par un cache que l’on nomme « lambrequin ». Aux façades des immeubles du 19e siècle, ces lambrequins sont en fonte, finement ciselés comme de la dentelle. Avant la révolution industrielle, ces caches étaient le plus souvent en bois, dessinés sur leur partie basse de vaguelettes. On évoque les italiens de la Renaissance, au temps des foires internationales, pour introducteurs des premiers modèles. Le store lyonnais s'est généralisé au 17e siècle et son apparition s’explique par le changement dans l’art du fenestrage.
Les façades des hautes maisons marchandes de la Renaissance, telles que l’on peut les voir dans le vieux Lyon, étaient presque entièrement ouvertes par des fenêtres très rapprochées qui avaient, en outre, des croisées de pierre, formées de meneaux et de traverses. Ce compartimentage de chaque fenêtre s’explique par la nature du verre, vitraux tenus par des réseaux de métal à la façon d’une mosaïque. Fragiles, les fenêtres étaient ainsi divisées en compartiments pour permettre de bénéficier, au final, d’une plus grande ouverture sur l’extérieur sans risquer de la casse. Le manque de transparence du verre avait conduit pour maximiser le bénéfice lumineux, et donc, à remplir les façades de fenêtres à compartiments accolées les unes contre les autres. On parle de façades « aussi vides que pleines ». Lorsque le verre de qualité se démocratisa au 17e siècle, les propriétaires aspirèrent à remplacer les vitraux par des huisseries de grande taille avec des carreaux blancs fixés par un quadrillage en bois. C’est ainsi que les meneaux et les traverses furent détruits pour laisser place un fenestrage moderne. Pour garantir l’intimité d’habitants, la jalousie apparue car elle permettait de moduler le regard… et éviter les indiscrets. Même si par la suite les fenêtres tendent à s’individualiser et s’espacer en façade, la jalousie se maintiendra. Et pour compléter le dispositif, des volets en bois intérieurs qui se replient dans les boiseries alors que les murs de l’appartement s’ornent de soieries florales comme les fleurs d’un jardin.
Nul doute qu’aucune autre ville ne possède un art si consommé de la sensualité.





institut sciences clavologiques - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet
L’Institut des sciences clavologiques

Cour de la maison du Crible

16, rue du Boeuf
Métro Vieux Lyon

La maison du Crible, du nom des notables chargés de prélever les impôts qui l’habitèrent au 17e siècle, est une des plus belles demeures du vieux Lyon. Il faut entrer pour admirer la monumentale tour rose, escalier-belvédère qui offrait une vue sur le jardin en étagements à l’arrière de la parcelle. Le portail est tout aussi remarquable, édifié d’après un dessin du traité de l’architecte bolognais Sebastiano Serlio, qui fit plusieurs séjours à Lyon au 16e siècle et publia en 1551, chez l’éditeur Jean de Tournes, le Livre extraordinaire d’architecture. Mais, ce qui attirera la curiosité du promeneur c'est très certainement la porte au fond de la cour, frappée d’une étrange inscription : « Institut des sciences clavologiques ». Nous ne sommes pas en présence d’une confrérie médiévale, mais de l’ordre du clou, fondé en 1950 par Félix Benoît, pour promouvoir l’humour et le parler lyonnais... dans lequel on peut s’égarer aussi facilement que dans les traboules ! Rappelons-nous l’ouvrage de référence Le Littré de la Grand’Côte (1894) de Nizier du Puitspelu (allias Clair Tisseur) qui avait fondé l’Académie du Gourguillon à laquelle succéda en 1920 l’Académie des Pierres Plantées… Félix Benoît, historien lyonnais,  bon vivant et personnalité haute en couleur, est aussi connu pour avoir fondé la République de l’Île Barbe en 1977, en s’en proclamant gouverneur. L’association réunit toujours des amateurs d’humour à la lyonnaise, dans la tradition de la Pataphysique d’Alfred Jarry. Une seule ligne de conduite philosophique pour cette nouvelle science, non encore reconnue par l’Académie : « Ne rien prendre au sérieux, à commencer par soi-même ».


aqueduc Gier Chaponost - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet
L’alignement du Plat de l’Air
Route des Pins à Chaponost

Sur plusieurs centaines de mètres dans la plaine de Chaponost, un aqueduc ancien est parfaitement conservé. Les arches offrent un superbe aperçu des techniques de construction du génie-civil… romain. C’est un fragment de l’aqueduc du Gier (affluent du Rhône) qui alimentait l’antique Lugdunum. On en retrouve d’autres vestiges à Fourvière, rue Roger-Radisson, sous la forme de piliers incorporés dans les murs de diverses propriétés. L’aqueduc du Gier bordait la voie antique d’Aquitaine, parcourant 75 kilomètres depuis Saint-Chamond dans la Loire et délivrant 25 000 mètres cubes d’eau par jour. Il comprenait, sur une dénivellation de 105 mètres, huit tunnels, quatre siphons et 30 ponts, et certaines de ses arches s’élevaient à plus de 15 mètres de haut. Lugdunum possédait ni plus ni moins le plus long réseau d’aqueducs après Rome, parcourant au total 200 kilomètres en quatre ouvrages – aqueducs du Gier, du Mont d’Or, de l’Yzeron et de la Brévenne. C’est l’interruption de l’alimentation en eau des aqueducs à la fin du 4e siècle, par manque d’entretien en raison de l’effondrement de la puissance publique, qui explique le départ des habitants de la colline. Les Romains avaient voulu créer une capitale où il n’y avait pas d’eau, ce qui causa sa perte.



maison pauline Jaricot - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet
La maison Jaricot
42, montée Saint-Barthélemy
Avis aux grimpeurs émérites
ou au pèlerins courageux !

L'escalier de la montée du Cardinal Billé donne accès à la maison de la Lorette qui appartient aux OEuvres pontificales missionnaires. Pauline Jaricot y vécut. Elle est célèbre pour avoir fondé, en 1822, l’OEuvre de la propagation de la foi et du rosaire vivant. Cette fille d’un industriel de la soie avait fait voeu de chasteté et de pauvreté et s’employa dans sa mission de charité pour porter le message universel de l’Eglise. Elle acheta cette ancienne maison des champs aux portes du vieux Lyon et fini par établir dans l’escalier, pour financer ses oeuvres, un péage prélevé auprès des pèlerins qui montaient à Fourvière ; le jardin du Rosaire n’existait pas encore. Le passage abrite une petite chapelle où elle déposa une relique de sainte Philomène dont on venait de découvrir le tombeau dans les Catacombes de Priscille à Rome. Le pape Grégoire XVI fut témoin de la guérison de Pauline en 1835 après qu’elle eut prié la sainte… Pauline Jaricot décéda en 1862 dans l’indifférence générale. En 1922, sa dépouille fut transférée du caveau familial du cimetière de Loyasse à la collégiale Saint-Nizier, près de l’autel de la Vierge et son coeur fut placé dans l’église Saint-Polycarpe. Jean XXIII l’a déclarée vénérable en 1963.



Le bateau-chapelle le Lien
16, quai Rambaud, Lyon 2e arr.
Accès par la ligne de tramway 1,
station Sainte-Blandine ou Montrochet
Bateau Chapelle le lien - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet
Le Pardon des Mariniers a lieu le premier dimanche de juin sur le quai Rambaud à l’initiative des Amis du Lien. Le Lien, c’est le bateau-chapelle qui se trouve stationné à quai, point de rendez-vous de la communauté des mariniers. Cet automoteur, sorti en 1958 des forges de Strasbourg, a été transformé en bateau-chapelle en 1997, remplaçant une péniche aménagée en 1974 par le Père Sylvestre. Selon une tradition ancestrale, cette célébration offre aux équipages du Rhône de laver leur âme avant le départ sur le fleuve. Après l’office, une bénédiction est largement distribuée aux nombreux bateaux décorés qui sont regroupés pour la fête. Laquelle se poursuit par des joutes et se termine par un bal.



parking place Célestins - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


Sens dessus dessous par Daniel Buren
Place des Célestins
Accès par le métro A - Bellecour

Au centre de la place, un étrange périscope permet d’observer le miroir rotatif imaginé par Daniel Buren, oeuvre intitulée Sens dessus dessous (1995), qui reflète les loggias de la rampe hélicoïdale du parking souterrain dessinée par les architectes Michel Targe et Jean-Michel Wilmotte ; le parking est accessible et incontournable. A Lyon on peut en effet s’amuser à visiter les parkings. On découvrira aux Terreaux les ludiques plaques gravées de l’artiste Matt Mullican qui content l’histoire de Lyon sous la forme d’une bande-dessinée à chaque étage, ou la fameuse vitrine aux objets doubles de l’entrée qui évoque l’ancien fossé qui se trouvait au Moyen Âge sur la place et dans lequel on jetait ses poubelles ! ; A découvrir aussi dans le parking de la Fosse-aux-Ours, le bateau du 18e siècle (visible le vendredi, samedi et dimanche) découvert à Saint-Georges en 2003.



horloge astronomique cathédrale Saint Jean - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet
L’Horloge astronomique de la Primatiale

Primatiale Saint-Jean-Baptiste
Accès par le métro D - Vieux Lyon

L’Église étant au Moyen Âge la source de toute connaissance du monde, on ne s’étonnera pas de trouver à l’intérieur de la primatiale une horloge astronomique datant du 14e siècle. Elle indique les positions de la lune, du soleil et de la Terre ainsi que des étoiles au-dessus de Lyon. Carillonnant avec ses automates aux heures médianes de la journée, elle donnera ainsi la date exacte jusqu’en 2019 ! L’horloge sonne tous les jours à 12h, 14h, 15h et 16h.




Le musée Africain des Cultures de lAfrique de lOuest
musée Africain Lyon - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet

150, cours Gambetta, Lyon 7e arr.

Accès par la ligne de métro D,

station Garibaldi ou par les lignes de

bus n°s C23 ou C6.

Ce musée abrite la collection d’art africain rassemblée par la Société des missions africaines fondée à Lyon en 1856 par Mgr Melchior de Marion-Brésillac : 2 126 objets en expositions permanente sur trois niveaux ! Elle a été constituée au fil du temps, à l’initiative d’Augustin Planque, successeur de Marion-Brésillac mort en Sierra Léone de la fièvre jaune en 1859, et enrichies par les envois du père Francis Aupiais jusqu'au milieu du 20e siècle. Les premières caisses arrivèrent en 1863 et leur contenu entreposé dans le cabinet de curiosités de la maison-mère à Sainte-Foy-lès-Lyon avant d’être transporté, en 1870, dans un « musée des Curiosités d’Afrique » qui ne survécut pas à la séparation de l’Église et de l’État. Il a été ressuscité en 1921 par le Père Chabert qui fonda le musée des Missions Africaines. Rénové en 1975 et devenant le musée Africain, il a perdu son caractère exotique pour mettre en valeur les cultures au travers des objets rituels ou quotidiens, du mobilier, des étoffes, des masques et représentations des puissances spirituelles.

musée Anatomie Lyon - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


Le musée Testut Latarjet d’anatomie

© Musée Testut Latarjet d'anatomie / museetl.univ-lyon1.fr/
Faculté de médecine de Lyon - Est

8, avenue Rockefeller, Lyon 8e arr.

Accès par la ligne de tramway 2 ou

par le métro D, station Grange-Blanche.

L’hôtel-Dieu de Lyon abrita un premier cabinet anatomique en 1796… En 1854, des collections privées furent réunies pour créer un musée anatomique qui s’installa en 1877 dans la nouvelle faculté de médecine (l’actuelle université Lumière, quai Claude Bernard) puis, en 1930, sur le site du domaine Rockefeller. On y découvre un univers rappelant les cabinets anatomiques d’antan avec un large panorama de préparations et de présentations anatomiques, de pièces conservées en bocaux, d’anatomies naturalisées selon la technique de Fragonard, de moulages en plâtre, de cires… Âmes sensibles, s’abstenir !



Clos Jouve Fanny boule - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


La Fanny du boulevard
Terrains de boule du clos Jouve
Boulevard de la Croix-Rousse, 4ème arrdt.
Accès par la ligne de bus C13 et C18
Le jeu de la boule lyonnaise (ou sport-boules), n’en déplaise aux Marseillais, est l’ancêtre de la pétanque, née seulement en 1907 dans sa version provençale. La boule fut réglementée sportivement en 1850 avec la création de la première société officielle au Clos Jouve (là où s’élève actuellement le stade Roger Duplat, de l’autre côté du boulevard). La sculpture de La Fanny, réalisée en 1987 par Geneviève Böhmer, immortalise la tradition voulant qu’un joueur n’ayant réalisé aucun point embrasse le postérieur de la Fanny. Le malheureux est prié de s’exécuter à genoux devant une représentation en argile, une affiche ou une fabrication maison gardée dans une petite armoire. Fanny n’est pas une créature imaginaire puisqu’il exista bien à la fin du 19e siècle une Fanny Dubriand qui fit le désespoir de ses parents en soulevant volontiers ses jupons contre un peu d’argent sur les terrains du Clos Jouve. Nul n’eut semble-t-il l’idée de gratifier son postérieur d’une quelconque attention mais la jeune fille fut néanmoins enfermée pour mauvaises moeurs et finit sa vie dans un asile.


table claudienne - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


La Table Claudienne
Cour du musée de l’Imprimerie
13, rue de la Poulaillerie, 1er arrdt.
Métro Cordeliers
C’est à Maurice Scève, grande personnalité littéraire de la Renaissance lyonnaise, que la cour du musée de l’Imprimerie rend hommage, domaine dans lequel Lyon s’est particulièrement illustrée, s’y montrant l’égale de Venise ou de Paris… De même, un lointain écho au souvenir prestigieux que nous y découvrirons : la réplique de la Table Claudienne, encadrée du haut-relief du Rhône et de la Saône, dont le bronze original est conservé au musée gallo-romain de Fourvière. Elle reproduit le discours de l’empereur Claude, né à Lugdunum, prononcé en 48 devant le Sénat romain, par lequel il accordait la citoyenneté romaine à tous les Gaulois. Dans l’Antiquité, la table était exposée en bonne place dans le sanctuaire fédéral des Trois-Gaules, sur les pentes de la Croix-Rousse. Elle fut découverte en pleine Renaissance, en 1528, par un marchand drapier du nom de Roland Gribaux, en deux fragments (d’où son nom parfois au pluriel) alors qu’on retournait la terre de ses vignes. Les consuls achetèrent ce vestige, d’autant plus précieux que Lyon n’avait rien conservé de son passé de capitale impériale… l’hôtel de la Couronne qui abrite le musée fut autrefois la maison du Consulat (détenant le pouvoir municipal) dont les titulaires décidèrent, en 1652 de bâtir le majestueux hôtel de Ville que nous connaissons, place des Terreaux.


place Meissonnier - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


Une histoire de charité
Place Meissonier, 1er arrdt.
Métro Hôtel-de-Ville
Cette charmante petite place, traversée par la rue Paul-Chenavard, doit son nom à un peintre lyonnais du 19e siècle. Le musée des Beaux-Arts est juste en face. Mais, la fontaine centrale rend hommage au charitable Jean-Pierre Pleney qui fit don en 1864 de l’intégralité de sa fortune aux orphelins et aux nécessiteux. Cette générosité s’inscrit dans la tradition de l’Aumône générale (1534) entretenue par la bourgeoisie lyonnaise et, aussi loin que l’on remonte dans l’histoire,  à l’engagement du marchand Pierre Valdo qui fonda, au 12e siècle, la Fraternité des Pauvres de Lyon. Ses adeptes excommuniés par le pape, prirent le nom de « Vaudois » et se réfugièrent au bord du lac Léman. Le vestige du clocher-porche roman de l’ancienne église de l’abbaye Saint-Pierre, sur la place, date de cette même époque.


croix rousse - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


La croix Rousse
Place Joannès-Ambre, 4e arrdt.
Métro Hénon
Cette croix en pierre dorée des Monts d’Or qui donna son nom à la colline qui travaille date… du réaménagement de la place, en 1997. Il y eut certes une croix dès 1560, mais elle fut détruite par les protestants. Une deuxième la remplaça, qui succomba aux pioches révolutionnaires. Une troisième apparut en 1815, sous la Restauration, mais fut déposée en 1882 par des employés municipaux tandis que les Croix-Roussiens se pressaient autour du maire, Antoine Gailleton, à l’inauguration du Gros Caillou. Gailleton ne faisait pas mystère de son anticléricalisme et n’était pas mécontent de faire disparaître cette croix... pourtant revêtue d’une onction toute républicaine : le 13 août 1870, c'est juchés sur elle que les meneurs avaient appelé aux armes et crié « À bas l’Empire ! Vive la République » devant une foule marchant vers l’hôtel de ville. Les meneurs furent arrêtés, mais très rapidement libérés par le comité provisoire de Salut public : la IIIe République naissait.


rue du boeuf - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


Le taureau des Merveilles
Sculpture à l’angle de la rue du Boeuf et de la place Neuve-Saint-Jean, 5ème arrdt.
Métro Vieux-Lyon
La rue du Boeuf doit son nom à la statue qui se trouve à l’angle avec la place Neuve-Saint-Jean... même s’il s’agit d’un taureau. L’oeuvre, attribuée à Jean de Bologne ou à Martin Hendricy, représenterait l’emblème des Torelli de Ferrare... à moins que ce ne soit une enseigne inspirée de la fête des merveilles qui se déroulait au Moyen Âge sur la Saône. Au mois de juin, les processions de quatre paroisses se réunissaient à l’île Barbe, pour redescendre la Saône sur des bateaux richement décorés. Passant sous les arches du pont du Change, les bateliers repêchaient un taureau, jeté vivant dans les flots, que l’on écorchait alors sur la petite grève du port du Temple au niveau des Célestins. La fête, aussi païenne que chrétienne, s’achevait par une messe à Saint-Nizier... et un banquet où l’on servait le taureau sacrifié. En 1347, des débordements servirent de prétexte à l’archevêque pour interdire ces réjouissances.


chant canuts - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


Le Chant des Canuts
Square Dejean, boulevard de la Croix-Rousse, 
Attenant à la mairie du 4ème arrdt.
Accès par la ligne de bus C13 et C18
Bien qu’elle n’ait été construite qu’en  1867, la mairie porte en façade deux plaques évoquant les révoltes des canuts de 1831 et de 1834, et l’insurrection des Voraces. Dans le square Dejean attenant, la statue Le Chant des canuts, réalisée par Georges Salendre, évoque l’hymne fameux, composé en 1894 par Aristide Bruant :
Pour chanter Veni Creator
Il faut une chasuble d’or.
Pour chanter Veni Creator
Il faut une chasuble d’or.
Nous en tissons...
Pour vous, grands de l’Église,
Et nous, pauvres canuts,
N’avons pas de chemise.
C’est nous les canuts,
Nous sommes tout nus [...].


portail saint-nizier - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


L’arc de triomphe du Consulat
Le portail de la collégiale Saint-Nizier
Rue de Brest, 2ème arrdt.
Métro Hôtel-de-Ville ou Cordeliers
D’abord consacrée aux saints apôtres Pierre et Paul, l’église reçut le corps du 28ème évêque de la ville, mort en 573. Ce qui entraîna de nombreux miracles... Rapidement, un culte du saint se développa au point que l’église finit par prendre son nom. Le plus vieil élément architectural de la collégiale demeure aujourd’hui sa tour-clocher avec sa flèche de briques, sur le flanc nord qui borde la rue de la Fromagerie. L’élection des représentants municipaux s’y déroulant autrefois, il n’est rien d’étonnant à ce que ce soit le Consulat qui finança la construction de la tour-clocher, en 1430, date où l’antique église fut rebâtie dans la toute flamboyance du dernier gothique. La nef édifiée au 14e siècle est une des plus belles de la ville. Mais c’est d’abord l’étrangeté de la façade qui retient l’attention : elle résulte d’un mauvais collage architectural entrepris dans les années 1840-1859, lorsque l’on se mit en tête de la restaurer... pour mieux l’achever. L’architecte Claude-Anthelme Benoît, partisan de Viollet-le-Duc, voulut lui donner un aspect gothique en corrigeant les « imperfections » de la façade. Il édifia la tour sud et rebâtit le pignon dans le style néogothique, sans tenir compte de l’agencement particulier dû au superbe portail de la Renaissance, dessiné par l’architecte Philibert de l’Orme. Il se trouvait autrefois dans le prolongement du premier et celui qui fut pendant longtemps le seul pont sur la Saône, le pont du Change. Ce quasi-arc de triomphe en l’honneur de saint Nizier et du Consulat ne fut mis en oeuvre qu’en 1580, en pleines guerres de religion, par l’architecte Jean Vallet. L’âge d’or de Lyon touchait à sa fin.
ancien portail saint-nizier - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet





place des terreaux fontaine bartholdi - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


La fontaine Bartholdi
Place des Terreaux, 1er arrdt.
Métro Hôtel-de-Ville
Il n’a jamais paru étrange aux Lyonnais de célébrer la Garonne et ses quatre affluents. Qu’importent les huîtres et les étoiles de mer ! La sculpture est belle, et la raison parut suffisante en 1890 au maire Antoine Gailleton pour en faire l’acquisition au terme de l’Exposition universelle de Paris. Elle était destinée à la ville de Bordeaux... qui l’avait finalement refusée. C’est donc à Lyon que le char triomphal de la Garonne galope en direction de l’océan ! Elle se trouvait, cependant, autrefois sur le côté est de la place, à l’exact opposé de l’hôtel de Ville, devant l’ancien passage des Terreaux qui s’ouvrait au rez-de-chaussée de l’immeuble du Second Empire sous la forme d’un arc de triomphe. Elle fait aujourd’hui face à la monumentale entrée du palais des Beaux-Arts, où l’on remarquera, couronnant la porte, le médaillon au buste sculpté d’une belle jeune femme qui symbolise le raffinement et la sensualité des femmes de la Renaissance.


Belle Cordière - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


La Belle Cordière
28, rue Professeur-Louis-Paufique, 2ème arrdt.
Métro Bellecour
Au-dessus du magnifique décor de l’imposte du no 28 qui date du 17ème siècle, une plaque rappelle la présence de Louise Labé, célèbre poétesse de la Renaissance lyonnaise, à cette adresse... C’est du moins ce qu’on crut jusqu’en 2006, quand un ouvrage affirma que la Belle Cordière n’aurait été qu’une créature de papier inventée par un groupe de littérateurs lyonnais du 16e siècle. Si l’on en croit l’histoire traditionnelle, Louise serait née entre 1515 et 1526, d’un père cordier, Pierre Charly, dit aussi Labé. Sa maison aurait été emportée par la percée de la rue de la République en 1855. Demeure le mystérieux visage féminin qui orne l’imposte de la maison dont on ne sait guère s’il a été rapporté.


statue Louis XIV place Bellecour - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


Sous la queue du cheval
Statue de Louis XIV, place Bellecour, 2ème arrdt.
Métro Bellecour
Les Lyonnais honorent ici Louis XIV. Mais l’inscription fait surtout état du « chef-d’oeuvre de Lemot, sculpteur Lyonnois »... La révolution de 1848 s’était chargée d’effacer la dédicace au roi. Et la IIIe République feignit d’ignorer l’identité du cavalier. Ce n’est que dans les années 1950 que le Louis XIV de Lemot sortit de l’anonymat. La légende veut que le sculpteur se soit suicidé parce qu’il aurait oublié les étriers, alors que le roi est ici représenté comme Marc-Aurèle sur le Capitole romain. François-Frédéric Lemot était un spécialiste du genre ; on lui doit notamment la statue équestre d’Henri IV sur le Pont-Neuf de Paris. En 1826, il redonna son roi à la place Bellecour. Celle-ci n’était plus l’écrin d’architecture de l’Ancien Régime ; les façades symétriques, à l’est et l’ouest, qui avaient été dessinées par Robert de Cotte en 1714, furent entièrement détruites après le siège de Lyon du 8 août au 9 octobre 1793 : il fallait punir et purger la ville... La place de Louis-le-Grand était un vaste champ de ruines, reflet d’une ville contrerévolutionnaire coupable d’avoir tenu tête aux Jacobins. Le Premier consul Bonaparte fit relever ces façades par l’architecte Frédéric Hortelard... lequel a accompli une oeuvre austère, républicaine et peu comparable au faste du Grand Siècle. Aujourd’hui, les Lyonnais ne prêtent guère attention à l’harmonie paysagère, mais affectionnent ce lieu où l’on se rassemble, où l’on se croise et se donne rendez-vous « sous la queue du cheval ». Il est vrai que la place est grande : c’est la troisième d’Europe par ses dimensions. Cette immensité lui valut un roman en 1956, Place des Angoisses, de Jean Reverzy. L’année suivante, on projeta d’y installer des fontaines, mais seules furent apportées de l’atrium de l’hôtel de ville les deux statues allégoriques du Rhône et de la Saône – oeuvres des frères Coustou –, miraculeusement épargnées par la Révolution parce que les sculpteurs étaient lyonnais.
ancienne place Bellecour Robert de Cotte - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet





vierge coysevox - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet




La Vierge de Coysevox
Vierge à l’Enfant, angle des rues Président-Edouard-Herriot et du Bat-d’Argent, 1er arrdt.
Métro Hôtel-de-Ville


Dans la cité du primat des Gaules, les statues mariales ou de saints sont fréquentes aux carrefours : on en dénombre plus de 200 ; les madones incarneraient, dit-on, l’âme lyonnaise. Dans la niche de cette maison du 17e siècle sauvegardée à l’angle de cette percée du Second Empire, se trouve une telle madone… Elle n’a, malheureusement, rien à voir avec la première occupante, une Vierge à l’Enfant du sculpteur lyonnais Antoine Coysevox. En 1657, l’artiste n’était alors âgé que de 17 ans et signait ce premier fait d’armes qui lui valut rapidement la renommée. Les portes de Paris ne tardèrent guère à s’ouvrir. Au sommet de sa carrière, Coysevox devint directeur de l’Académie royale de peinture et de sculpture. La statue de la Vierge fut acquise par la confrérie de Notre-Dame-de-Grâce en 1771 et placée dans le transept sud de la collégiale Saint-Nizier. Étonnamment, dans un pareil cadre, la Vierge et l’Enfant regardent chacun d’un côté... ce qui n’est que la conséquence de l’emplacement initial de l’oeuvre.


fontaine place lyautey - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet




Par dessus les eaux
Fontaine de la place Lyautey, 6ème arrdt.
Métro Foch


Cette fontaine a été élevée par l’architecte Antoine Desjardins et le sculpteur Guillaume Bonnet sur la demande des habitants ; ceux-ci voulaient remercier Napoléon III d’avoir fait disparaître en 1860 les péages des ponts du Rhône. Cinq gueules de lions remplissent cinq vasques symbolisant les cinq arrondissements du Lyon de l’époque. Cinq génies représentent la Navigation, la Force (ou l’Industrie), le Commerce, l’Histoire et la Géographie, couronnés par la ville sous les traits d’une femme dont le modèle... fut la propre épouse de Bonnet ! La fontaine n’a été remise en eau que très récemment, et la statue allégorique de la ville a effectué une rotation de 180 degrés pour se retrouver dans l’axe du cours et non plus du pont. L’aménagement du métro, au milieu des années 1970 – le métro passant dans le tablier du nouveau pont – avait en effet entraîné la surélévation de la partie ouest de la place, supprimant la perspective et les arrivées d’eau !


statue république carnot perrache - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet




La République des Carnot
La statue de la République, place Carnot, 2ème arrdt.
Métro Perrache


C’est un véritable axe républicain que mit en oeuvre le maire Antoine Gailleton dans le quartier aristocratique et conservateur d’Ainay. De la statue de Louis XIV, place Bellecour, à Marianne dans la perspective de la rue Victor-Hugo, l’histoire accomplit son chemin. D’autant plus qu’à l’origine la statue À la gloire de la République se trouvait au centre, à la croisée du cours de Verdun, la gare de Perrache en arrière-plan. Elle est reléguée aujourd’hui sur un côté de la place Carnot et dépouillée de L’Égalité, de La Liberté et de La Fraternité, transférées dans le parc Georges-Bazin (3e arrondissement). La dislocation de ce cortège républicain est la conséquence de la construction, dans les années 1970, du Centre d’échanges par l’architecte René Gagès, aventure urbanistique que l’on attribue au maire Louis Pradel, alias « Zizi béton », comme les Lyonnais l’ont surnommé pour son goût si particulier… On parlait alors de démocratisation de l’automobile et de liberté de circulation. Mais revenons au monument symbole de la République. Il fut commandé en 1886 au sculpteur Émile-Edmond Peyrot pour fêter le centenaire de la Révolution, arrachant au conseil municipal une sentence définitive : « Ceux à qui il plaira le trouveront magnifique, les autres le subiront et ce ne sera pas un mal. » La première pierre fut posée par le président Sadi Carnot en 1888. La place, qui s’était successivement appelée « des Victoires », « Louis XVIII », « de la République », « Napoléon », puis « Perrache », prenant alors son nom actuel en hommage à Lazare Carnot, révolutionnaire et grand-père de l’inaugurateur. L’affaire était hautement symbolique, conduite par Gailleton, ancien acteur de la révolution de 1848 et farouche opposant à Napoléon III. Mais la réalisation de la statue traîna en longueur ; on en présenta un modèle en plâtre en 1889 à l’Exposition universelle de Paris, tandis que le bronze définitif ne fut disponible qu’en 1894 pour l’Exposition internationale et coloniale de Lyon.
ancienne statue république carnot perrache cours de verdun - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet
Bacchanale parc Tête-d'Or - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet




La Bacchanale
Statue à l’entrée du parc de la Tête d’Or
Porte des Enfants-du Rhône
Accès par la ligne de bus C1


Le préfet Vaïsse en charge des grands travaux de la ville sous le Second Empire, confia la création du parc, en 1856, au paysagiste Denis Bülher et à l’ingénieur Gustave Bonnet. Ce vaste jardin à l’anglaise était destiné « à l’acclimatation et à la propagation des espèces utiles » et à la détente des Lyonnais. Gagné sur les méandres du Rhône, le parc de la Tête-d’Or allait devenir le poumon de la ville industrielle. Il demeure aujourd’hui très apprécié des citadins en manque de nature et d’exotisme. Ils sont accueillis porte des Enfants-du-Rhône par la Bacchanale sculptée par le Lyonnais Augustin Courtet pour le Salon de 1849 au Louvre. Théophile Gautier s’extasia tant sur le modèle en plâtre que la commande ne tarda pas à venir du ministère de l’Intérieur. Le bronze fut exposé au Salon de 1852 avant de regagner Lyon quelques années plus tard. Le spectacle d’une centauresse pleine d’ardeur enlevant un faune qui n’oppose guère de résistance avait de quoi choquer le bourgeois dans ce parc de la Tête-d’Or, bien fréquenté, et qui disposait même d’un règlement vestimentaire : on n’y accédait qu’en veston et haut de forme, et en robe longue pour les dames. C’est pourquoi le groupe de Courtet fut d’abord installé dans le jardin du palais Saint-Pierre et ne vint ici que bien après le Second Empire. 


L’auberge du Pont de Collonges - Paul Bocuse
40, rue de la Plage
Collonges-au-Mont-d’Or
Accès par la ligne de bus n° 43.

Depuis 1765, les Bocuse se succèdent de père en fils aux fourneaux sur les bords de la Saône. Les premières tables étaient dressées à l’auberge de l’Abbaye, avant que Georges, le père du « pape de la cuisine », ne s’établisse à l’hôtel du Pont de Collonges qui appartenait à son beau-père. Le restaurant se voit de loin ; l’idée de peindre la façade en framboise et pistache et de l’orner de pièces montées et de pyramides de victuailles revient à Paul Bocuse, inspiré par le dictionnaire d’Antonin Carême. Le talent des élèves de l’École des arts appliqués de Lyon a fait le reste. La fresque murale de 80 mètres de long sur le côté de la maison, La Rue des chefs rend hommage à Fernand et Mado Point, la mère Brazier, les confrères et amis Pic, Bise, Troisgros, Chapel et Raymond Oliver.
auberge Paul Bocuse - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet







En l’île Barbe
L’île Barbe, Lyon, 9e arr. 
Accès par les lignes de bus
n°s 31 ou 43,
arrêt Saint-Rambert – L’île Barbe

Une petite île de la Saône demeure à l’abri de la modernité et du tumulte. L’île Barbe, sauvage et broussailleuse, est un rêve pour marcheur solitaire. Son nom est attaché à l’empereur à la barbe fleurie qui y aurait séjourné et aurait confié à l’abbaye des manuscrits précieux. Ce n’était là qu’une renaissance ; un monastère aurait été fondé ici en l’an 208 par Étienne et Pérégrin qui fuyaient les persécutions de Septime Sévère. Son existence est attestée par une lettre de Grégoire de Tours en 440. L’île devint un lieu de refuge pour les exilés et anachorètes de tous genres. Amadis Jamyn, poète champenois de la Pléiade, a nourri sa légende en contant les amours d’un Rhône impétueux avec la nymphe vagabonde de la Saône… d’un Rhône venu y couper sa barbe. Pierre de Ronsard considérait l’île comme un « lieu convenable aux poètes sacrés » et Maurice Scève y vécut retiré avec les moines les dernières années de sa vie.
Ile Barbe - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet





















Au 16e siècle, bien que sécularisée, l’abbaye conservait intacts ses trésors, dont  le saint Graal ! La légende veut que Longinus, le soldat qui perça de sa lance le flanc du Christ, y ait rapporté la coupe avec le sang du Christ… Le coup de grâce qui entraîna l’abbaye dans la décadence fut donné par les troupes du baron d’Adret qui la pillèrent durant les guerres de religion. Après la Révolution, les vestiges furent vendus aux enchères et le village sur l'île se constitua peu à peu suite à la construction du pont qui reliait définitivement Barbe à la rive. Demeurent, ici ou là, chapiteaux, bas reliefs et frises remployés dans les murs. Également la maison abbatiale et un clocher qui daterait du 11e siècle, l’âge d’or de l’abbaye. C’est le vestige de la chapelle Notre-Dame de Grâce, ouverte aux pèlerins et à la dévotion des Lyonnais pour la Vierge. Les bateliers qui longeaient l’île se découvraient à sa vue. Les processions religieuses qui descendaient la Saône jusqu’à la primatiale ne manquaient pas de s’y arrêter. Les joutes d’été donnaient également lieu à des repas populaires sur le pré de l’île, une tradition d’accueil que le pré a conservé avec le festival musical qui s’y déroule chaque dimanche d’été. Mais attention, chaque dimanche, les portes du petit village, qui demeure une copropriété privée, ferment à 13 heures. À la fin des années 1970, l’historien Félix Benoît, créateur du Grand collège de pataphysique, décréta l’île souveraine et s’en fit le gouverneur… Une monnaie fut créée, le poil (indexé sur l’écu européen grâce à l’intervention de Raymond Barre), un parlement collégial fut composé par la cooptation de 36 barons et un service des postes émit des timbres. La fière devise de la principauté demeure : « la barbe meurt mais ne se rase pas ».



Tour Chappe - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


La tour Chappe de Sainte-Foy-lès-Lyon

2, montée de la Chapelle,
Sainte-Foy-lès-Lyon
Visites les premiers dimanches
de chaque mois
Accès par la ligne de bus n° C19.

En 1794, le procédé de transmission optique par sémaphores de Claude Chappe révolutionna les moyens de communication. En une dizaine de minutes, un message pouvait parcourir deux cents kilomètres alors que les diligences les plus rapides réclamaient un à deux jours ! Placés en hauteur et espacés d’une vingtaine de kilomètres, les bras articulés des sémaphores dessinaient quantité de figures correspondant à des codes préétablis. En 1810, la ligne Amsterdam-Mantoue, passant par Lyon, alignait 124 postes pour 1 200 km. En 1821, débutèrent les travaux retardés par la chute du Premier Empire, de la ligne Lyon-Toulon par Marseille. La première tour-station à la sortie de Lyon fut installée sur la partie haute de Sainte-Foy-lès-Lyon, près de la petite chapelle Sainte-Marguerite. Elle fait partie des rares survivantes en France (une dizaine), comme la tour de Marcy-sur-Anse, village du Beaujolais au nord de Lyon. Sous le Second Empire, les tours Chappe perdirent toute utilité alors que les liaisons télégraphiques électriques se généralisaient.



La pagode Thiên Minh
51, rue de Cuzieu, Sainte-Foy-lès-Lyon
Accès par la ligne de bus n° C19.

Cette pagode surmontée d’une flèche qui symbolise l’axe du monde est le lieu de culte de la communauté vietnamienne bouddhiste de Lyon. Construite sur les hauteurs de la Gravière à Sainte Foy-lès-Lyon entre 1983 et 1989, elle est dédiée au moine Thích Thiên Minh, mort en prison en 1978. Du jardin au premier étage du temple, où ont lieu les récitations du sûtras, les grandes cérémonies et les conférences, diverses statues représentent les étapes importantes de l’histoire du bienheureux qui a transcendé la dualité humaine par l’éveil et la sagesse. Le Bouddha y est couché en parinibbána (nirvana), le Bodhisattva de la Compassion apparaît sous sa forme féminine, la naissance du prince Siddharta y est figurée, avec les servantes et la reine Mayadevi (mère biologique du prince), Angulimala devient un fidèle de Shakyamuni et le Bouddha Sakyamauni donne son premier sermon sur les Quatre Nobles Vérités aux cinq premiers disciples.
Pagode Sainte-Foy-les-Lyon - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet
























La Demeure du Chaos – DDC ou musée de l’Organe

Domaine de la Source,
Saint-Romain-au-Mont-d’Or
Ouvert tous les dimanches
Accès par la ligne de bus n° 43.

Depuis quelques années, le président fondateur d’ArtPrice, Thierry Ehrmann, affole le charmant petit village de Saint-Romain-au-Mont-d’Or. En 1999, il a acquis un ancien relais de poste du 17e siècle pour lui faire subir de notables transformations. Les murs éventrés et calcinés sont le décor post-apocalyptique d’une oeuvre collective (plus de 70 artistes dont le propriétaire) dont les multiples installations font écho aux scènes médiatisées de catastrophes, de guerres, d’émeutes ou d’attentats : hélicoptère écrasé, voitures calcinées, sculptures de ferrailles rouillées, poutrelles et structures de béton façon blockhaus. La Demeure du Chaos est officiellement un musée d’art contemporain, même s’il s’agit d’un lieu en perpétuelle transformation, comparable à la Factory de Warhol. En conflit avec l’administration des Bâtiments de France qui lui fait injonction, par voie de justice, de remettre en état, Thierry Ehrmann s’efforce de préserver une oeuvre aujourd’hui saluée dans le monde entier.
Demeure du Chaos - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet


Ermitage Mont Cindre - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet



L’Ermitage du Mont Cindre
Route du Mont-Cindre,
Saint-Cyr-au-Mont-d’Or
Nombreux chemins piétonniers
et sentiers depuis le centre de
Saint-Cyr-au-Mont-d’Or
Accès par la ligne de bus n° 20.

Surplombant l’agglomération lyonnaise, le Mont Cindre (469 mètres d’altitude) est le premier balcon du massif des Monts d’Or. Il abrite un ermitage dont la fondation remonte à 1341 et que la légende veut plus ancienne encore. Le frère Jean Henri, religieux du monastère de l’île Barbe, s’y retira, créant une première chapelle sous l’invocation de Marie-Reine-des-Cieux. Elle fut placée sous la protection de Notre-Dame-des-Remèdes en 1511 par le frère Isaac. Les prières de l’ermite étaient alors sollicitées pour les vendanges et la protection des enfants de la petite vérole. Au lendemain de la Révolution, la chapelle fut placée sous la protection de Notre-Dame-de-Tout-Pouvoir, l’ermite Pierre Grataloup agrandissant le jardin et creusant une grotte. Émile Damidot, dit frère François, entreprit en 1878 d’édifier un belvédère de 12 mètres de haut constitué d’une armature en fer et de mortier mélangé à des cailloux. Frère François fut le dernier ermite du Mont Cindre, qui mourut devant sa chapelle durant l’automne 1913. Depuis quelques années, ce sont les membres de l’association Louis Touchagues qui font visiter la chapelle. Touchagues décora de fresques en 1952 le porche et l’abside de la chapelle. 





bouchons - visite guidée de Lyon - Nicolas Bruno Jacquet
Le bouchon... Une curiosité ?


Stendhal, de passage en 1837, saluait une culture culinaire lyonnaise bien ancrée : « Je ne connais qu’une chose que l’on fasse très bien à Lyon, on y mange admirablement, et, selon moi, mieux qu’à Paris. » Les chefs étoilés ont certes remplacé les mères lyonnaises qui ont fait la réputation gastronomique de la ville, mais l’authenticité n’a pas cédé le pas. La cuisine populaire reste accrochée à ses traditions. Nombreux sont les bouchons où l’on se régale de spécialités locales : tablier de sapeur, quenelles, cochonnailles, cervelles de canut... Le nom de « bouchon » viendrait des bottes de rameaux ou de branchages que les restaurateurs accrochaient à leur porte pour signaler leur établissement. C’est aussi le nom du repas que l’on y prend le soir, par opposition au « mâchon » du midi. Félix Benoit définit les bouchons dans son Lyon secret (1993) : « Dans ces bouchons s’épanouit une ambiance qui ne souffre pas l’exportation, et dont la fortune fugace procède de critères impondérables qui tiennent à la fois de la qualité du vin servi au comptoir, de la tête du patron et des pieds de cochon présentés sur la table ! » Mais il ne suffit pas de saucissons pendus au-dessus du comptoir et d’une décoration façon brocante pour bien manger. Un label “Authentiques bouchons lyonnais” aide à y voir plus clair : un Gnafron en vitrine, verre à la main et nappe à carreaux, signale un établissement de confiance. Il s’en trouve peu dans les rues où les restaurants sont collés les uns aux autres (rues Mercière, des Marronniers, Saint-Jean...).


Adresses :

Restaurant La Mère Brazier, rue Royale, 1er arrdt
Café des Fédérations, 8-10, rue Major-Martin, 1er arrdt
Bouchon Comptoir Brunet, 23, rue Claudia, 2e arrdt
Chez Paul, 11, rue du Major-Martin, 1er arrdt
Chez Georges, 8, rue du Garet, 1er arrdt
Le Jura, 25, rue Tupin, 2e arrdt
La Mère Jean, 5, rue des Marronniers, 2e arrdt
Le Petit Bouchon, 26, cours Suchet, 2e arrdt
Le Musée, 2, rue des Forces, 2e arrdt
Le Vivarais, 1, place Docteur-Gailleton, 1er arrdt
Le Mercière, 56, rue Mercière, 2e arrdt
Chez Les Gones, 102, cours Lafayette, 3e arrdt
À Ma Vigne, 23, rue Jean-Larrivé, 3e arrdt
Le Mitonne, 26, rue Tronchet, 6e arrdt
Le Morgon, 2, rue Baraban, 6e arrdt





 




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